Josiane Cloutier

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Les balbutiements d’une cinéaste.

À l’automne 2012, au début de mes études, j’ai pris plaisir à incarner le cliché de l’étudiante révoltée et antiformaliste qui refuse d’apprendre ce que signifie le terme balise. Nous sommes tous une caricature de nous même. Et pour ma part, je prends les rôles de ma vie très au sérieux !  Avec une vie régie par l’irrationalité, le cinéma expérimental m’a plu instantanément.

La plupart des écoles ou mouvements cinématographiques à l’études dans les classes universitaires font partis d’époques révolues, car c’est plus simple d’analyser avec le recul du temps que lorsqu’on a le nez collé contre une fenêtre embuée. C’est peut-être son aspect intemporel qui a retenu mon attention. C’est le mouvement dans lequel je me retrouve et auquel je crois. Il est encore possible de faire vivre le cinéma expérimental au XXIe siècle.

C’est avec le film Un chien Andalou de Salvador Dalí & Luís Buñuel que j’ai eu mon premier coup de foudre. J’ai vu en ce film, une écriture automatique qui m’a donné raison de bouder les scénarios et leurs mises en pages classiques. J’écrivais des poèmes et ils étaient suffisant pour me préparer à faire un film. Avec des inspirations qui datent de bien avant ma naissance la pellicule était un choix avec un grand regret d’être trop pauvre pour tourner quoi que ce soit. J’ai aussi incarné le rôle d’une puriste. Ça m’allait bien de dire des phrases comme : le cinéma est mort avec l’avènement du numérique. 

 

Puis, j’ai rencontré la cinéaste Maya Deren avec son premier film Meshes of the afternoon. J’avais soudainement besoin de tourner. Ce film m’a allumé. Après la projection au DKN-1289 j’avais tant de choses à dire et à faire, le désir de filmer me brûlait. J’ai alors laissé tomber mon principe romantique de pauvre artiste sans 35mm et j’ai tourné mon premier film ; attention mesdames et messieurs en MINI-DV ! Non, mais quelle avancée technologique incroyable. Très peu pratique en vérité car la conversion en numérique demande du temps et on ne gagne pas vraiment d’effet sensible en retour, mais j’avais l’impression que je « contrôlais » l’image par impression sur bande alors ça m’a suffit comme compromis.

L’important c’est que j’avais une caméra, alors je ne pensais à rien d’autre. J’ai réalisé un rêve. Je fais du cinéma. Je ne jalouse plus Maya Deren, je m’en inspire. Elle, ses nombreux chats et son logis d’artiste. Mon appartement est devenu en une semaine un studio de cinéma avec des draperies partout, mes amies des actrices, ma cuisine un atelier, tout le reste de l’appartement un foutoir incroyablement magnifique et le matériel de cinéma  emprunté à l’université pour trois journées trônait dans ma chambre.

Le cinéma expérimental m’a permis de m’exprimer pour la première fois avec le cinéma. Le premier court métrage (qui accompagne cet article avec quelques uns de ses photogrammes) est une suite d’erreurs naïves qui le rend attachant pour moi, mais qui ne trouvera jamais son spectateur. J’ai appris à faire du montage en abusant de surimpressions et j’ai compris la force d’une image filmée en utilisant des clichés plus que gros, obèses. On apprend davantage avec les navets qu’avec les meilleurs films, car les défauts nous beaucoup de surimpressionsautent dessus. J’étais fière d’avoir réussi à faire un court métrage et c’est ça qui compte. La certitude aussi que je peux en recommencer un autre.

Au cours de la création de Drapage, Laura et Sublime, j’ai appris à m’identifier au niveau le plus basique qui soit. Je suis devenue une femme en tentant de représenter  La femme. C’est ce que j’ai compris de plus simple et tout à la fois de plus important avec le cinéma expérimental. C’est la porte que j’ai utilisé pour entrer dans le monde de la création cinématographique. En tant qu’auteur j’ai donc appris à me représenter une idée. Mais en tant que spectateur c’est une tout autre affaire, je m’identifie devant les films de la Nouvelle Vague française.

 

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